Dans le paysage médiatique haïtien de 2026, le nom de Jean Ricard Richemé, plus connu sous le pseudonyme Pasa Pasa (Pastè Pas), ne cesse de faire réagir. Loin des codes du rap traditionnel, cet artiste est perçu par le public comme un humoriste spécialisé dans les « sketches rapés » . Son approche, oscillant entre comédie et musique, le place davantage dans la catégorie des « komik » que dans celle des rappeurs sérieux. Pourtant, cette singularité lui assure une place de choix dans les tendances virales.
Un succès viral construit sur le divertissement
En 2026, Pasa Pasa a su captiver l’attention de la diaspora haïtienne (États-Unis, Canada, Europe) et d’Haïti grâce à une stratégie maîtrisée des réseaux sociaux. Ses vidéos courtes sur TikTok, YouTube et Instagram cumulent des centaines de milliers de vues. Ses tenues excentriques, ses gestuelles exagérées et ses danses sont reprises massivement, devenant des mèmes et des challenges viraux.
La sortie de son album Solèy Lalin en avril 2026 confirme cette tendance . Les morceaux, comme le titre éponyme Pasa-Pasa-(RAPLEW-RAP), ne sont pas plébiscités pour leur technique musicale, mais pour leur énergie festive, leurs punchlines humoristiques et leur capacité à faire rire. Pasa Pasa a transformé le divertissement léger en une formule gagnante pour prendre le contrôle du fil d’actualité.
Cependant, la viralité de Pasa Pasa repose aussi sur des prises de position sans filtre, notamment son opposition ouverte à la communauté LGBTQ+ en Haïti. Il s’est imposé comme l’un des visages de la résistance conservatrice, ce qui lui vaut un soutien massif dans certaines franges de la population, mais aussi de vives critiques.
Cette controverse a récemment dépassé le simple cadre des réseaux sociaux pour impliquer d’autres artistes. En février 2026, la participation du chanteur Mac D (Mackendy Talon) , membre du groupe Harmonik, à un live TikTok avec Pasa Pasa a provoqué un scandale national. Lors de ce live, Mac D a repris un slogan jugé homophobe (« Boule yo »), ce qui a suscité un tollé .
Face à la pression de la communauté LGBTQ+ et aux menaces de boycott de son groupe, Mac D a dû présenter des excuses publiques. Il a affirmé que ses propos relevaient de la « plaisanterie » et a reconnu avoir commis une erreur. Il a par la suite affirmé avoir été menacé, déclarant que l’on connaissait son lieu de résidence et l’école de son enfant . Cette affaire a relancé le débat sur la responsabilité des personnalités publiques dans un contexte où les tensions autour des questions d’orientation sexuelle restent extrêmement sensibles en Haïti.
Malgré les polémiques, Pasa Pasa entretient une image d’« homme connecté au spirituel ». Dans ses interventions, il mélange foi, critique des faux prophètes et géopolitique. Cette dimension spirituelle renforce son image auprès d’un public populaire qui apprécie ce mélange de comédie et de message « éveillé ».
Qu’on adhère ou non à son discours, Pasa Pasa occupe une place unique dans la culture haïtienne de 2026. Sa force réside dans son authenticité brute et sa capacité à générer des phénomènes viraux avec peu de moyens : un téléphone, de l’énergie et des punchlines suffisent pour faire rire, réagir, danser et faire parler de lui.






